Le 28 Mars 2017  

 

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Tafilalt : Sijilmassa et les ksours

Tafilalt, zone géographique du S-E marocain, serait linguistiquement d’origine berbère. Cette contrée frontalière avec l’Algérie, est une zone semi-aride, c’est le prélude du désert. Deux fleuves (oueds), Ziz et Ghris, en font en revanche une oasis ininterrompue de plus de 150 km, séparément le long des deux fleuves. Au pied même des dunes de sable doré de Merzouga et Taouz, la palmeraie et l’eau souterraine ne font pas défaut. Mystère ou fait scientifique, l’eau est à quatre ou cinq mètres dans ces dunes.

Avant «Tafilalt», c’était Sijilmassa. La zone actuelle de Rissani avait vu un jour de l’an 757-758 (140 Hégire) la naissance d’une ville qui fera du Maroc, des siècles durant, le catalyseur du commerce médiéval africain et méditerranéen.

Sijilmassa, mot sujet à des spéculations nourries peut-être par le mystère de la ville elle-même, est d’origine berbère qui signifierait le lieu qui domine de l’eau. La ville, conçue par les Banu Midrar surplombe l’oeud Ziz, autre mystère du Tafilalt dont les crues rappelleraient aux Filali (habitants du Tafilalt) le déluge. Au lieu de maudire le Ziz à cause des ravages causés par ses inondations, les Filali adorent Ziz au point de le bénir. La rudesse de la nature, c’est l’art d’adaptation de ces habitants qui manipulent le sol et les vents désertiques comme un bon footballeur, ballon au pied.


La grande Mosqué et sa Médersa

Sijilmassa-Tumbuctu est une histoire encore vivante. Tout le monde en parle et tous les touristes la ressent. Le Paris-Dakar et autres rallyes rappellent aux gens les siècles de gloire d’un monde où Sijilmassa était le carrefour incontournable, la mère des routes caravanières, la desserte et le péage des «autoroutes» commerciales, intellectuelles et religieuses du monde médiéval (Maghreb, Afrique, Europe et Orient). Ne dit-on pas que l’or à Sijilmassa ne se vendait pas par poids mais par unité, quelle abondance ! De nos jours, les femmes de Tafilalt, même les plus pauvres, portent de l’or en abondance, chose que l’on ne trouve pas chez les femmes riches du reste du Maroc. C’est l’une des survivances culturelles de l’ère prospère de Sijilmassa. La parure en argent et surtout en or, c’est vital comme de l’air.

Sous les Almoravides, les Almohades, les Mérinides, les Sa‘adiens et jusqu’aux premiers Sultans des ‘Alaouites, c’est-à-dire du XIème au XVIIIème siècles, Sijilmassa restera toujours un point d’appui pour ces dynasties, un lieu de piété, un fief agricole, un centre de commerce, un grand centre de frappe de monnaie où les monnaies sont en majorité en or. La ville était également tellement immense qu’il fallait une demi journée pour faire son «boulevard» principal, nous dit un historiographe médiéval.

Des maisons, <<villas>>, palais, mosquées, médersas (écoles des sciences religieuses), bâtiments civils, administratifs et industriels, Sijilmassa de nos jours ne nous offre que des ruines qui ne manquent pas de séduction. Les tronçons de la muraille et ses tours, le Hammam (bain), le quartier industriel et surtout la mosquée avec sa médersa nous racontent les transactions commerciales, l’histoire des esclaves acheminés vers l’Europe, le métissage des peuples et des idées, le passage ou le séjour d’érudits tels que Ibn Battouta et Léon l’Africain entre tant d’autres, comme ils nous enseignent sur l’art de bâtir en pisé en adaptation sonore et thermique aux conditions climatiques pour le bien être des vivants.
Sijilmassa est aujourd’hui un grand chantier de fouilles archéologiques. Fouillée dans les années 70 par des Suisses, des Italiens, elle est entre 1988 et 1998 le cheval de bataille d’une équipe mixte maroco-américaine (Tennessee et INSAP Rabat- CERA Rissani). Les trouvailles archéologiques ont révélé un matériel varié et de rare valeur qui raconte la prospérité d’une ville, ses relations avec l’Orient et l’Afrique subsaharienne, son influence sur ou par ses contrées. Le verre de la Syrie est là, la céramique du Niger aussi. La céramique de Sijilmassa est rencontrée dans les fouilles en Afrique et sa monnaie fut trouvée en France, en Jordanie et autres coins de la Méditerranée et de l’Afrique. Merveilleuses furent les analyses des laboratoires qui ont attesté la culture de tous types d’arbres fruitiers et de produits agricoles du Haut Moyen-Âge au XVIIIème siècle. A Sijilmassa-Tafilalt, il n’y avait pas que du dattier et le manque d’eau. Au contraire, l’agriculture était prospère, l’eau abondante. Plus encore, un réseau de barrages sur l’Oued Ziz fut mis en valeur témoignant ainsi du génie de nos ancêtres sijilmassi et filali qui continuent encore de travailler les seguias comme une pâte de gâteaux.

2ème partie                                      3ème partie

Par : Aboulkacem CHEBRI, archéologue, RISSANI
E-mail : marocarcheo@yahoo.fr

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